Paroisse Saint Vincent sur Lay
- Mareuil sur Lay -

23 novembre 2020

Lettre aux paroissiens

En la Solennité du Christ Roi de l’univers 22 novembre 2020

Chers frères et sœurs bien-aimés de Jésus Christ, 

On lit et on entend beaucoup de choses et dans tous les sens ! Tout le monde y va de son avis individuel ! Et on vient me dire : « qu’en pensez-vous ? », « quel est votre avis ? »

C’est pourquoi je me permets cette réflexion personnelle que je vous partage et qui n’engage que moi. Libre à vous de l’accueillir ou non, de vous y retrouver ou pas…

D’emblée, j’aimerai dire qu’il y a de nombreux éléments que j’ignore et il y a beaucoup de choses que je ne sais pas ! Et ensuite que ce partage se veut fraternel et bienveillant, avec dans le cœur un désir de vérité, de liberté et de justice qui m’habite… 

Nous sommes dans des temps troublés et incertains qui sont toujours des temps de tensions et de divisions. L’histoire nous l’enseigne car elle est « maîtresse de vie » !

Je suis historien de formation (on ne se refait pas !) et comme nous sommes dans « l’année De Gaulle », il y a des comparaisons intéressantes (avec prudence car « comparaison ne vaut pas raison » !) qui permettent de mieux analyser et de mieux comprendre, tout en relativisant. 

Nous pouvons aisément reconnaître que notre temps n’est pas évident, qu’il est complexe et très anxiogène : l’incendie de Notre-Dame de Paris (et les profanations de lieux chrétiens : deux par jour en moyenne en France : églises, cimetières, chapelles, etc.), les attentats islamistes aveugles ou ciblés (un prêtre, un professeur, des chrétiens, etc.) et cette crise sanitaire due à la Covid-19, et ses conséquences économiques, sociales, culturelles, etc. 

Liberté, sens critique et discernement

Nous pourrions aussi dire qu’à côté, par exemple, de la guerre 39-45 (dernière très grande épreuve de notre nation), il faut savoir relativiser : la situation actuelle serait moins grave et plus évidente ! Oui et non ! Oui, bien sûr car cette guerre a été monstrueuse et dévastatrice, et que la situation actuelle n’a rien à voir… Mais chaque crise, quelles que soient la nature et le degré, nous oblige à discerner et à prendre position…

On a tendance à penser qu’en 1940 nous aurions tous été de bons résistants et que la délimitation pour juger le bien du mal et le vrai du faux était plus aisée et plus évidente, sauf que le jugement est un peu hâtif et anachronique ! Il n’y avait pas dès 1940 les gentils résistants et les méchants collabos ! Cela aurait été trop simple et trop facile !! Quand De Gaulle désobéit à l’armée et au gouvernement en fuyant à Londres le 16 juin 40 et qu’il lance son appel fameux deux jours plus tard, il est accusé de désertion et de haute-trahison, et il est bien seul ! La grande majorité des français faisait confiance au gouvernement légal et légitime du Maréchal Pétain, dont les pleins pouvoirs avaient été votés par l’Assemblée nationale, à majorité « Front populaire ». Il faudra du temps pour que beaucoup ouvrent les yeux, reconnaissent leur erreur ou leur naïveté avant de se rétracter…

Il est vrai, comme je l’ai déjà dit, que « comparaison ne vaut pas raison », et la situation actuelle est bien différente. C’est certain ! Il faut savoir relativiser et dédramatiser… Toutefois, nous sommes devant une situation nouvelle où nous devons nous aussi réfléchir, discerner et choisir en engageant notre liberté. La position de facilité est celle du légalisme en appliquant et respectant de manière zélée la loi et l’autorité, sans aucune remise en cause possible et aucun usage de sa liberté et de son sens critique. 

Nous entendons beaucoup de choses par divers médias et il peut être difficile d’y voir clair et de savoir quoi faire… Le bon conseil, c’est celui d’éteindre sa télé !!

Je pense nécessaire de tenir un équilibre ! A mon avis, il faut éviter de tomber dans un complotisme simpliste, même si parfois il a le mérite de poser les bonnes questions, à défaut d’apporter toujours de justes réponses… (mais l’accusation de complotisme est devenue aujourd’hui une accusation facile et fourre-tout pour empêcher le débat…donc prudence !)

Et il faut surtout éviter d’être trop naïf et idéaliste pour percevoir que les manipulations sont possibles et que certains ont toujours des intérêts dans chacune des crises qui advient… Cela invite donc à la prudence et au sens critique, ainsi qu’au discernement et au bon sens ! 

Certains médecins et scientifiques ne sont pas d’accord avec le Conseil scientifique et le gouvernement et ils le font savoir avec courage, comme par exemple l’anesthésiste-réanimateur le docteur Louis Fouché (cf. vidéo sur youtube du journal France-Soir : https://www.youtube.com/watch?v=bGRi7ZjakNY ). De même, j’ai quelques connaissances et amis médecins urgentistes ou en service de réanimation qui expriment leurs désaccords et désapprouvent les décisions gouvernementales. Ils doivent aussi être entendus…

Il y a des questions légitimes à se poser et des incohérences à pointer, voire même des suspicions à avoir… sans pour cela tomber dans la paranoïa et voir le mal partout !

Par exemple, on peut se demander de manière très légitime pourquoi les chiffres des morts de la Covid-19 sont-ils gonflés ? Pourquoi ce mensonge ? Je l’ai moi-même vécu personnellement lors du décès de Marcel Maudet aux Epesses, fin octobre dernier… Décédé d’un cancer des poumons à Cholet et déclaré « mort Covid » (après 4 tests Covid négatifs !) avec toutes les restrictions inhumaines qui vont avec !!! Et de nombreux autres témoignages vont dans ce même sens… Cela pose des questions légitimes qu’il ne faut pas écarter trop vite… 

Actuellement, nous faisons face à des décisions inouïes où le pouvoir temporel s’immisce dans le pouvoir spirituel et jusque dans l’intimité de la vie des citoyens. Certes, c’est exceptionnel et les autorités le justifient par la crise sanitaire, mais cela est dangereux et pose de vraies questions… Je n’ai pas à faire de politique sauf quand la politique s’insère dans les questions de l’Eglise et que cela est source de confusion et d’abus. Il faut, avec mesure et bon sens, savoir réagir…

De nombreux philosophes, intellectuels, penseurs, pasteurs mais aussi simplement des personnes de bon sens, dénoncent les abus politiques actuels au nom du dieu « santé » ! Cette mode « hygiéniste », dominée par des peurs, dans une société assurée pour tout jusqu’à la nausée, où le moindre risque ou danger n’est plus acceptable, est en train d’arriver au bout de sa logique mortifère…

« La vie est un défi, relève-le » disait Ste Mère Teresa. La vie est aussi un risque. Aimer est un risque… Tout n’est pas assurable et sans aucun risque… Il nous faut choisir la VIE ! 

Dans ce contexte très anxiogène, la peur semble dominer tous les choix. Et la peur n’est jamais un bon guide ! Cela nous fait accepter des décisions politiques et des restrictions très graves au nom du dieu « santé », mettant en péril les libertés publiques les plus fondamentales !

Bien sûr il faut faire preuve de bon sens et de prudence en mettant en place des règles de vie sociale en temps de crise sanitaire, mais dans un cadre limité pour éviter toute dérive et abus…

Les décisions actuelles infantilisent et déresponsabilisent les hommes et les femmes, et cela aura de graves conséquences à l’avenir et déjà maintenant… Sans parler des traumatismes psychologiques sur les enfants, les jeunes (sacrifiés ! et qui auront à rembourser cet endettement pharaonique !), les personnes handicapées et fragiles, les personnes âgées mourant de solitude et de manque d’affection et de chaleur humaine, etc. etc. etc. La liste serait longue ! 

Liberté du culte 

Les décisions gouvernementales brident également la liberté fondamentale du culte… du jamais-vu, selon certains, depuis la Révolution française il y a plus de 200 ans !!! C’est dire !! 

Notre société hypermatérialiste ne favorise que le matériel en réduisant l’Homme à un consommateur et en oubliant sa réalité spirituelle dans son sens large : les choses de l’esprit comme la culture mais bien sûr également la prière et notamment la prière commune. L’interdiction faite aux chrétiens rassemblés dimanche dernier pour demander la messe, de prier même en silence, devant les églises, est presque digne des grandes heures de la « répression soviétique » ! Sans parler de la délation et de la dénonciation aux forces de l’ordre, en direct, par de pseudo-journalistes ! Surréaliste !

Et laisser les pouvoirs publics décider à notre place de ce qui est essentiel ou non-essentiel est déjà quelque chose de très grave ! Le paquet de tabac, la baguette ou faire son jogging sont essentiels mais prier à l’église (au premier confinement) ou participer à l’eucharistie ne le sont pas !!! 

Dans ce contexte, beaucoup d’éléments sont imposés aux évêques de France qui n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre, prisonniers de leur fonction officielle et publique…  Il faut prier pour eux ! Leur mission n’est pas aisée et les prises de parole sont délicates…

Pourtant, de nombreux fidèles, explicitement ou non, attendent des réactions courageuses et fortes en la matière… 

Car la messe, chers amis, n’est pas un spectacle !

Quand j’ai lu à plusieurs reprises dans les pages « courrier des lecteurs » de Ouest-France ces jours passés, des réactions de catholiques se disant « pratiquant » voire même impliqués (organiste, cheffe de chœur) et affirmant que si les cinémas et les théâtres sont fermés, c’est donc normal que les messes soient également suspendues et interdites, je crois mal entendre ! Ils comparent la Sainte messe à du spectacle et à du divertissement ! On voit où en est arrivée aujourd’hui la foi eucharistique !!

Et ce alors même que la liberté de culte et de religion, liée à la liberté de conscience (mais pas du même ordre), est un des droits les plus fondamentaux de la personne humaine, rappelée à juste titre et avec force lors du Concile Vatican II ainsi que, notamment, par St Jean-Paul II !!

De même, il est bien dommage, çà et là, que diverses prises de parole opposent le culte et la prière commune et liturgique à la charité fraternelle et au service du frère ! Les deux vont de pair comme nous l’enseigne l’Eglise à l’école de la Parole de Dieu et du témoignage vivant des saints ! Il nous faut être conciliant et bienveillant, mais également ferme sur les points les plus essentiels de notre foi comme l’est la célébration de la messe « source et sommet de la vie chrétienne » (Concile Vatican II). Et cessez les leçons de morale culpabilisantes ! 

Et là aussi il est bon de ne pas déresponsabiliser et infantiliser trop vite les fidèles baptisés laïcs, membres à part entière de l’Eglise, et qui ensemble possèdent le « sensus fidei fidelium » : le sens de la foi des fidèles ! (Qui n’est pas et n’a jamais été le fait majoritaire !)

Certes, en vérité, le prêtre n’est jamais tout seul quand il célèbre l’eucharistie car en communion avec toute l’Eglise, et avec tous les vivants et les défunts ! Mais la religion catholique est profondément incarnée et elle a ce besoin vital de vivre la réalité concrète et charnelle de la communauté rassemblée, Corps du Christ, Peuple de Dieu et Temple de l’Esprit Saint !

Il faut donc être prudent et éviter toute forme de cléricalisme déguisé dans la manière d’imposer des normes de communion sacramentelle ou d’interdire la participation de la messe à des baptisés, en contradiction complète avec le droit de l’Eglise fondé sur la charité ! Ces formes d’autoritarisme et d’abus de pouvoir clérical infantilisent les fidèles qui sont assez grands et responsables pour faire preuve de bon sens et de prudence afin de respecter des règles essentielles pour protéger la vie des autres, sans mettre personne en danger !

Je vous invite à lire l’article très dense et instructif d’Aline Lizotte qui se termine par ces mots : « En ces temps d’épidémie, priver une grande partie des catholiques d’une participation réelle à l’acte ultime de leur religion peut détruire pour longtemps le sens du devoir de rendre tout acte de religion à Dieu et éloigner l’homme de son Créateur et de sa Paternité. Si l’État le fait en toute connaissance de cause, il blasphème. S’il le fait par ignorance ou par indifférence, il est incompétent. À lui d’en décider. À nous d’en juger ! »

in https://srp-presse.fr/index.php/2020/11/13/refus-du-conseil-detat-de-la-celebration-des-messes-le-deni-du-fait-religieux/

Et à la fin de cette lettre, je vous donne l’occasion de lire ou de relire le discours de Martin Steffens du 15 novembre dernier. Paisible et ferme ! 

A l’heure où les bouches de métro, les grandes surfaces et les marchés sont bondés, il est étonnant voire révoltant d’interdire les messes, alors même que les églises sont grandes, aérées, et peuvent facilement s’organiser pour ne mettre personne en danger !

Il y a un « deux poids, deux mesures » inquiétant qui démontre la finalité uniquement matérialiste des décisions des pouvoirs publics… 

Il y a donc urgence à discerner, à exercer son sens critique et son sens des responsabilités pour ne pas être « un mouton » ou un pharisien zélé de la loi, mais un Homme libre et responsable, engagé dans le monde, la société et l’Eglise, au service de ses frères et notamment des plus fragiles et des plus pauvres, et en se centrant sur le Christ, source de tout bien, de toute paix et de toute joie ! 

Un temps de grâce 

Je crois profondément que ce temps d’épreuve peut être un temps de grâce !

L’épreuve révèle les âmes et les cœurs ! Chacun est invité à se positionner et cela nous sort de notre zone de confort, d’un certain conformisme, voire peut-être même d’un laisser-aller médiocre et abêtissant…

Cela nous oblige, d’une certaine manière, à prendre de la hauteur et du recul, à relativiser pour revenir à l’essentiel : Dieu et mon prochain ! Le double commandement de l’Amour divin.

Nous faisons l’expérience concrète que la foi catholique est profondément incarnée et enracinée dans le mystère eucharistique et l’engagement auprès des plus fragiles ! Encore une fois, les deux ne s’opposent pas mais vont de pair et sont inséparables ! L’Evangile (Mt 25, 31-46) de la solennité du Christ-Roi nous le démontre d’une manière particulière et magnifique ! 

Mais ce temps d’épreuve est aussi source de division et de tension. C’est un peu inévitable mais cela reste malheureux ! Certains s’estiment légitimes pour dénoncer, critiquer, attaquer, faire pression, faire de la délation, provoquer des tensions et des divisions ! Et c’est regrettable !

On peut ne pas être d’accord et l’être dans le respect et l’accueil de l’autre et de sa différence de point de vue et d’opinion !

J’invite donc à la bienveillance, au bon sens et à la prudence en évitant tout jugement hâtif et toute attaque basse et crasse ! 

Chacun, devant une telle situation, est invité à agir en son âme et conscience.

Certains veulent à tout prix respecter la loi civile jugée comme supérieure à la loi ecclésiale et à celle de Dieu, et ce dans tous les domaines. Ils estiment devoir obéir aux autorités comme le demandent St Pierre et St Paul dans certaines de leurs épîtres (exemple en Rm 13, 1). C’est ainsi qu’ils jugent, en leur âme et conscience, vivre et appliquer la charité pastorale et prendre soin des plus fragiles. Je respecte cet avis et ce point de vue.

Il y a aussi l’invitation de Pierre et des Apôtres : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5, 29) et qui nous demande de discerner avec bon sens, prudence et bienveillance pour voir comment appliquer la loi humaine en la mettant face à la loi de Dieu et celle de l’Eglise, et les articuler le mieux possible, dans le respect de tous, dans la justice et la liberté.

Sans prendre de risque majeur, il est important de savoir aussi faire preuve d’audace et de courage pour tenir bon dans la foi. La fidélité le requiert !

Et je crois que les enjeux sont plus importants qu’on ne l’imagine ! Nous devons tenir bon, fermement et fidèlement, avec patience et persévérance, car le Seigneur en fera jaillir de nombreux fruits de foi, d’espérance et de charité, notamment pour les plus jeunes, et pourquoi pas avec des vocations sacerdotales et consacrées, toutes données au Christ ! 

C’est pourquoi il faut savoir s’accueillir mutuellement, avec nos différences et sans préjugé ni condamnation hâtive et blessante. Il serait bon que chacun puisse voir d’abord la poutre dans son œil avant de voir la paille dans l’œil du voisin ! Et ainsi éviter toute parole ou attitude qui puisse blesser son frère et la communion ecclésiale, en acceptant qu’on puisse penser et faire différemment…

Ce combat pour la liberté intérieure et la vraie fraternité est à reprendre sans cesse ! Il faut que nous acceptions d’être des pauvres et des mendiants de la grâce de Dieu qui seule peut nous éclairer et nous sauver en vérité ! C’est un travail d’humilité à poursuivre chaque jour !

Ce que nous demande le Seigneur, c’est de combattre ! De tenir bon ! Au final, le seul vainqueur, c’est le Christ !

Comme le disait St François de Sales (et que j’aime tant redire !) : « Nous serons toujours vainqueurs pourvu que nous voulions combattre » (et non pas comme cité par le journaliste de Ouest-France dans l’édition du lundi 2 novembre, entre autres erreurs et raccourcis… !!). Ce qui est premier, c’est de vouloir combattre… 

Et notre combat majeur consiste à laisser le Christ combattre en nous car lui seul sauve !

« La vie est un combat : mène-le » disait Sainte Mère Teresa de Calcutta ! 

C’est pourquoi, chers amis,

menons ce combat avec la douceur et la bienveillance d’une foi en acte et en charité ! Que notre foi au Christ soit la source de notre joie et de notre paix ! 

Quoiqu’il arrive le Christ est là ! Laissons-le régner dans nos vies et sur nos cœurs !

Viva Cristo Rey ! Vive le Christ Roi ! 

Bien fraternellement,

Tout à Jésus par Marie 

                                             Abbé Alexandre-Marie ROBINEAU +


La vie est beauté, admire-la.

La vie est félicité, profites-en.

La vie est un rêve, réalise-le.

La vie est un défi, relève-le.

La vie et un devoir, fais-le.

La vie est un jeu, joue-le.

La vie est précieuse, soigne-la bien.

La vie est richesse, conserve-la.

La vie est amour, jouis-en.

La vie est un mystère, pénètre-le.

La vie est une promesse, tiens-la.

La vie est tristesse, dépasse-la.

La vie est un hymne, chante-le.

La vie est un combat, mène-le.

La vie est une tragédie, lutte avec elle.

La vie est une aventure, ose-la.

La vie est bonheur, mérite-le.

La vie est la vie, défends-la.

 Mère Teresa (1910-1997)


Intervention de Martin Steffens, jeune philosophe strasbourgeois qui s'est exprimé dimanche lors de la manifestation pour le retour des messes.

A Strasbourg, 15 novembre 2020

« Nous ne sommes pas rassemblés ce matin pour défendre le droit des catholiques à un privilège. 

Nous ne sommes pas rassemblés ce matin pour opposer les droits de notre communauté aux inquiétudes qui traversent la population française. Car d’abord, nous faisons partie de ce peuple qui accompagne ses proches dans la mort et dont l’avenir économique et politique s’assombrit de jour en jour. 

Nous ne revendiquons pas ce matin un droit individuel ou communautaire, dont le refus ferait de nous des victimes. Au contraire, nous témoignons d’un besoin, d’une faim qui est en même temps une chance pour notre pays, bien au-delà des catholiques. 

Il est en effet ce matin question d’un besoin vital. Sans la célébration eucharistique, l’Eglise, comme peuple de Dieu, n’existe plus. En 304, les chrétiens d’Abitène, dans l’actuel Tunisie, refusaient un affrontement stérile avec le pouvoir impérial. Quand toutefois l’empereur Dioclétien ajouta aux privations celle de se rassembler le dimanche, les chrétiens déclarèrent : "Sine dominico non possumus." Sans dimanche, nous ne pouvons pas vivre, nous ne pouvons plus exister. 

Mais ce besoin vital de pratiquer notre religion n’est pas centré sur nous. Il rayonne bien au-delà des catholiques et plonge ses racines dans cette terre de liberté et de fraternité qu’on appelle la France. Célébrer la messe, c’est nourrir le besoin vital d’être non seulement les uns à côté des autres, dans les transports ou au supermarché, mais les uns aux côtés des autres. Défendre la messe, ce n’est pas faire jouer le religieux contre le social, les droits du Ciel contre les urgences sanitaires, plus terre-à-terre. C’est vouloir accueillir celles et ceux, catholiques ou non, qui aujourd’hui perdent leur emploi, perdent des proches et perdent l’espérance. 

Sans l’espérance, la santé n’est rien. Sans l’espérance, la santé ne fait que prolonger une vie amère. Mais l’espérance n’est pas l’espoir. Elle ne dépend pas de la volonté individuelle. L’espérance, vertu fragile entre toutes, se reçoit de plus loin. Elle se vit dans la peine quand elle est partagée entre frères. Elle se nourrit du pain eucharistique, de ce Dieu qui se penche sur l’homme et le rejoint dans un simple bout de pain. 

Pour celles et ceux qui n’ont pas le bonheur d’y croire, Dieu sous la forme du pain, c’est tout simplement impossible. Comme est impossible que Dieu ait pu être un bébé, abandonné aux soins d’une mère puis à la malice des hommes. Comme il est impossible que, par amour, ce même Dieu ait été cloué sur une croix afin de vaincre la mort, afin de répandre sa Vie sur l’humanité entière. 

Si, ce matin, nous ne revendiquons pas un droit parmi d’autres, c’est parce que nous pressentons qu’en ces temps d’épreuve, dont nul ne sortira indemne, les Français ont besoin de ce qu’aucune institution humaine, de ce qu’aucune mesure, économique ou sanitaire, ne pourra leur offrir : les Français ont besoin que soit manifestée l’action de ce Dieu d’amour dont on dit que rien ne lui est impossible. 

Les Français ont besoin de la prière incarnée, communautaire mais communicative, des catholiques de France. 

Le dimanche, en semaine, les cloches sonnent pour rassembler des femmes et des hommes qui croient que le mal n’aura pas le dernier mot, parce que le Christ le lui a pour toujours enlever. N’étouffez pas ce signe d’espérance au cœur de notre nation à l’heure où elle en a tant besoin. 

Le déconfinement a prouvé que les chrétiens savent être prudents et responsables, que leurs églises sont assez larges pour assurer la sécurité de tous. Même du point de vue de ceux qui ne croient pas au Ciel, les catholiques ne font donc aucun mal en maintenant l’Eglise vivante. Pourquoi donc ne pas les laisser faire le bien qu’ils peuvent, en vivant ensemble, mais pour tous, le don de l’espérance ? » 

Martin

Laisser un commentaire

L’église ne vit que de dons

L'église de tous a besoin du don de chacun. Soutenez l’Église catholique et sa mission.
JE PARTICIPE AU DENIER 2020-2021
heart